
L’Irlande s’impose comme une destination privilégiée pour les amateurs de road trips à la recherche d’authenticité et de paysages préservés. Entre falaises vertigineuses plongeant dans l’Atlantique, vallées mystiques parcourues de moutons, villages aux façades multicolores et routes sinueuses bordées de murets de pierre, l’île d’Émeraude dévoile une diversité géographique exceptionnelle. Au-delà de ses panoramas spectaculaires, l’Irlande séduit par la chaleur proverbiale de ses habitants, toujours prompts à partager une histoire dans un pub traditionnel ou à indiquer un détour vers un site méconnu. La conduite à gauche, les routes étroites et les changements météorologiques rapides constituent certes des défis pratiques, mais ils participent pleinement à l’aventure. Qu’il s’agisse d’explorer la Wild Atlantic Way sur plusieurs semaines ou de concentrer son périple sur une région spécifique comme le Connemara ou le comté de Kerry, chaque itinéraire révèle une facette différente de cette terre celtique où patrimoine gaélique et nature sauvage s’entremêlent harmonieusement.
Planification stratégique d’un road trip en irlande : itinéraires côtiers et circuits ruraux
La réussite d’un road trip irlandais repose sur une planification équilibrée qui combine flexibilité et structuration. L’île offre plusieurs circuits emblématiques, chacun présentant des caractéristiques géographiques et culturelles distinctes. Les voyageurs doivent déterminer en amont la durée de leur séjour, leurs centres d’intérêt prioritaires et leur tolérance aux kilomètres quotidiens. Un séjour de sept jours permet généralement de couvrir une région principale avec quelques excursions vers des sites adjacents, tandis qu’un périple de deux semaines autorise la découverte de deux à trois zones géographiques majeures. La saisonnalité influence considérablement l’expérience : l’été (juin-août) garantit des journées prolongées et des températures clémentes, mais attire également les foules vers les sites touristiques majeurs. Le printemps (avril-mai) et l’automne (septembre-octobre) offrent un compromis intéressant avec des paysages colorés et une fréquentation réduite, malgré une météorologie plus capricieuse.
Wild atlantic way : traversée des 2500 km de côte sauvage du donegal à cork
La Wild Atlantic Way constitue l’itinéraire côtier le plus spectaculaire d’Europe, s’étirant sur 2500 kilomètres depuis la péninsule d’Inishowen au nord jusqu’à Kinsale au sud. Cette route panoramique traverse neuf comtés et révèle une succession ininterrompue de falaises dramatiques, plages isolées, îles mystérieuses et villages de pêcheurs traditionnels. Les voyageurs disposant de trois semaines peuvent envisager un parcours intégral, mais la plupart privilégient des sections spécifiques. Le segment du Donegal au Connemara offre les paysages les plus sauvages et les moins fréquentés, avec des détours obligatoires vers Slieve League, les falaises les plus hautes d’Irlande culminant à 601 mètres. La portion centrale, du comté de Clare au Kerry, concentre les sites iconiques comme les Cliffs of Moher et l’Anneau du Kerry, justifiant une fréquentation touristique accrue. Le segment méridional, de Cork à West Cork, séduit par ses villages colorés tels que Kinsale et Schull, ainsi que par ses péninsules découpées prop
erçant vers les caps rocheux de Mizen Head et de la péninsule de Beara. Pour optimiser cet itinéraire côtier, il est recommandé de fractionner la Wild Atlantic Way en tronçons de 150 à 200 km par jour, en prévoyant au moins deux nuits consécutives dans des hubs comme Galway, Killarney ou Westport. Cela permet de rayonner sans passer tout son temps au volant, tout en gardant la flexibilité d’ajouter des détours vers des îles comme Achill ou les Aran lorsque la météo est clémente.
Ring of kerry et péninsule de dingle : boucles panoramiques du comté de kerry
Le Ring of Kerry et la péninsule de Dingle concentrent à eux seuls une grande partie de l’imaginaire associé à un road trip en Irlande : routes en corniche, plages interminables, villages aux façades colorées et lumière changeante sur l’Atlantique. L’Anneau du Kerry forme une boucle d’environ 180 km au départ de Killarney, en suivant principalement la N70. Pour éviter la circulation des bus et profiter sereinement des points de vue comme Ladies View, Derrynane ou le col de Moll’s Gap, il est conseillé de parcourir la boucle dans le sens des aiguilles d’une montre et de partir tôt le matin.
La péninsule de Dingle, plus compacte, se prête parfaitement à une journée complète de route panoramique ponctuée de nombreuses pauses. La Slea Head Drive (R559) déroule falaises, plages dorées et hameaux gaélophones où la signalisation n’est plus qu’en irlandais. Un arrêt à Dingle Town permet de profiter des pubs animés et de la cuisine de la mer, tandis que Dunquin Harbour et Coumeenoole Beach offrent des panoramas parmi les plus photographiés d’Irlande. Idéalement, on consacre deux ou trois nuits au comté de Kerry pour combiner Ring of Kerry, Dingle et randonnées dans le Parc national de Killarney sans transformer le séjour en marathon.
Causeway coastal route : de belfast à la chaussée des géants en irlande du nord
Au nord-est de l’île, la Causeway Coastal Route relie Belfast à Derry~Londonderry sur environ 210 km en longeant une côte d’une grande diversité géologique. Cette route panoramique traverse les Glens of Antrim, vallées verdoyantes s’ouvrant sur la mer, et dessert des sites emblématiques comme le pont de corde de Carrick-a-Rede, le château en ruine de Dunluce ou le village de Ballintoy, rendu célèbre par la série Game of Thrones. La Chaussée des Géants (Giant’s Causeway), avec ses colonnes de basalte hexagonales classées au patrimoine mondial de l’UNESCO, constitue le point d’orgue de cet itinéraire.
Pour un road trip équilibré en Irlande du Nord, on prévoit généralement deux à trois jours sur la Causeway Coastal Route, avec une nuit à Belfast et une ou deux nuits dans la région d’Antrim ou de Portrush. La route A2, qui suit fidèlement le littoral, alterne sections rapides et tronçons plus étroits traversant des villages côtiers. Une organisation rigoureuse des visites (horaires de marée pour Carrick-a-Rede, créneaux d’entrée pour le Visitor Centre de la Chaussée des Géants) permet de limiter les temps d’attente en haute saison et de profiter pleinement des lumières du matin ou de fin de journée, particulièrement spectaculaires sur ces côtes basaltiques.
Ancient east et boyne valley : circuits patrimoniaux de newgrange à kilkenny
À l’est du pays, l’Ireland’s Ancient East et la Boyne Valley constituent un terrain de jeu idéal pour les voyageurs attirés par l’histoire, les sites néolithiques et les demeures médiévales. À moins d’une heure de Dublin, les tombes à couloir de Newgrange, Knowth et Dowth offrent un voyage de plus de 5 000 ans dans le passé, avec leurs chambres funéraires alignées sur les solstices et leurs pierres gravées d’art mégalithique. Les réservations sont fortement recommandées, car l’accès se fait par visites guidées au départ du centre d’interprétation de Brú na Bóinne.
Plus au sud, une boucle patrimoniale peut relier les villes de Trim (et son imposant château anglo-normand), Kilkenny avec son château et ses ruelles médiévales, et le monastère de Glendalough dans les monts Wicklow. Contrairement aux itinéraires purement côtiers, cette exploration de l’Ancient East implique davantage de routes nationales et régionales mais permet de réduire les kilomètres quotidiens. Pour un voyage de 10 à 12 jours en Irlande, combiner deux ou trois jours dans l’Ancient East avec un circuit côtier à l’ouest offre un excellent compromis entre patrimoine et paysages maritimes.
Locations de véhicules et conduite à gauche : adaptations pratiques pour voyageurs français
La location d’une voiture reste le moyen le plus efficace pour explorer l’Irlande en toute liberté, surtout dès que l’on s’éloigne des grands axes et des villes bien desservies en transports en commun. Pour les voyageurs français, deux aspects nécessitent une attention particulière : la conduite à gauche et la compréhension des conditions d’assurance proposées par les loueurs. Anticiper ces éléments en amont du voyage permet de maîtriser son budget, d’éviter les mauvaises surprises au comptoir et de se concentrer sereinement sur les paysages une fois sur la route.
Assurance CDW et super CDW : couvertures indispensables sur les routes irlandaises
Dans la plupart des contrats de location en Irlande, l’assurance CDW (Collision Damage Waiver) est incluse, mais avec une franchise souvent élevée, pouvant osciller entre 1 500 et 3 000 € selon la catégorie de véhicule. Cette couverture limite votre responsabilité financière en cas de collision ou de dommages mais ne la supprime pas totalement. La Super CDW (ou Super Cover, Excess Waiver) vient compléter ce dispositif en réduisant, voire en annulant, la franchise restante. Compte tenu de la fréquence des accrochages mineurs sur les routes étroites, cette option se révèle généralement pertinente, surtout pour un premier road trip en Irlande.
Il convient également de vérifier les exclusions fréquentes : pare-brise, pneus, bas de caisse et toit ne sont pas toujours couverts, même avec la Super CDW. Certains voyageurs préfèrent souscrire une assurance franchise externe auprès d’un assureur tiers, souvent plus économique sur deux semaines, mais qui implique d’avancer les frais en cas de dommages puis de se faire rembourser ensuite. Avant de partir, prenez le temps de lire attentivement les conditions générales et de contrôler l’état du véhicule (photos à l’appui) lors du départ comme lors de la restitution : cette rigueur administrative vous évitera bien des discussions à votre retour.
Navigation sur les narrow roads et boreens : techniques de conduite sur routes rurales étroites
Une grande partie du charme d’un road trip en Irlande réside dans l’emprunt de routes rurales étroites, appelées boreens, bordées de murets de pierre et de haies épaisses. Ces axes secondaires, souvent limités à 80 km/h sur le papier, imposent dans les faits une conduite défensive et adaptée aux conditions réelles. Garder une vitesse modérée, anticiper les virages à l’aveugle et se montrer prêt à s’arrêter pour laisser passer un véhicule venant en sens inverse sont des réflexes essentiels. Les « passing places », petites zones d’élargissement de la chaussée, permettent les croisements : il est d’usage de remercier d’un signe de la main le conducteur qui s’est arrêté.
Pour s’habituer à la conduite à gauche, beaucoup de voyageurs choisissent une boîte automatique, ce qui libère une partie de l’attention, particulièrement lors des premiers jours. Un bon repère consiste à garder le conducteur côté ligne médiane et non côté bas-côté, ce qui limite la tendance naturelle à « se coller au bord ». Enfin, sur ces narrow roads, la faune locale fait partie intégrante du décor : moutons, vaches ou parfois chèvres peuvent traverser sans prévenir. Considérer ces routes comme une partie intégrante de l’expérience, plutôt que comme un obstacle, permet de transformer cette adaptation en véritable plaisir de conduite.
Stations-service topaz et circle K : ravitaillement en carburant sur les routes secondaires
En dehors des grands centres urbains, les stations-service se raréfient et leurs horaires d’ouverture peuvent être plus restreints, notamment le dimanche. Les réseaux Circle K, Applegreen ou Maxol (anciennement Topaz) constituent les principaux acteurs du marché, avec des aires souvent situées aux abords des nationales et autoroutes. Sur un itinéraire côtier comme la Wild Atlantic Way, il est prudent de ne pas descendre en dessous du quart de réservoir, surtout dans les comtés du Donegal ou du Mayo où les distances entre villages peuvent être importantes.
Beaucoup de stations acceptent les cartes bancaires internationales, mais certaines pompes automatiques peuvent refuser les cartes à autorisation systématique. Garder un peu de liquide en euros (et en livres sterling pour l’Irlande du Nord) reste donc une sage précaution. Un autre point à ne pas négliger concerne le type de carburant : le « unleaded » correspond au sans-plomb, tandis que le « diesel » est clairement identifié. En cas de doute, mieux vaut demander au pompiste ou vérifier la mention sur le bouchon du réservoir, car une erreur de carburant peut coûter cher sur un véhicule de location.
Falaises de moher, cliffs of slieve league et formations géologiques karstiques du burren
Les falaises irlandaises figurent souvent en tête de liste des sites à voir lors d’un road trip, et à juste titre. Les Cliffs of Moher, dans le comté de Clare, constituent l’un des paysages les plus emblématiques : des parois verticales de plus de 200 mètres se jettent dans l’Atlantique, martelées par la houle. L’accès se fait par un Visitor Centre moderne et un réseau de sentiers balisés permettant de s’éloigner progressivement de la zone la plus fréquentée. Pour éviter la foule, il est recommandé d’arriver en tout début de matinée ou en fin de journée, lorsque les bus touristiques ont quitté les lieux et que la lumière rasante sculpte les reliefs de la côte.
Plus au nord, dans le comté de Donegal, les falaises de Slieve League offrent un spectacle tout aussi impressionnant, avec des crêtes culminant à plus de 600 mètres au-dessus de l’océan. Moins aménagé que Moher, ce site demande un peu plus d’effort physique : un sentier, parfois exposé au vent, mène vers des points de vue spectaculaires comme One Man’s Pass. Grâce à une fréquentation moindre, Slieve League procure un sentiment d’isolement et de grandeur qui séduit particulièrement les voyageurs en quête de nature sauvage. Une bonne paire de chaussures, des vêtements coupe-vent et une vigilance accrue sont toutefois indispensables, la météo pouvant changer en quelques minutes.
Entre ces deux ensembles de falaises se déploie le Burren, plateau karstique unique en Europe, où la roche calcaire affleure sous forme de dalles fissurées appelées « limestones pavements ». Ce paysage minéral, presque lunaire, contraste fortement avec le cliché de l’Irlande verte et vallonnée. Des orchidées rares, des plantes alpines et méditerranéennes cohabitent ici, profitant des microfissures du sol. Un arrêt au Burren National Park ou au dolmen de Poulnabrone permet de mieux appréhender cette géologie singulière. Pour les amateurs de randonnées, plusieurs sentiers balisés proposent des boucles de difficulté variable, idéales pour intégrer une journée de marche à un itinéraire routier.
Patrimoine gaélique et sites monastiques médiévaux : de glendalough à rock of cashel
Au-delà des paysages, l’Irlande séduit par la densité de son patrimoine religieux et monastique, reflet d’une histoire où le christianisme s’est développé sur un socle culturel gaélique. Pour un voyageur, visiter ces sites revient un peu à feuilleter un livre d’histoire à ciel ouvert : des premiers ermitages isolés dans les vallées glaciaires aux grandes fondations médiévales, chaque ruine raconte un chapitre différent. Deux sites se distinguent particulièrement pour un premier road trip : Glendalough dans les monts Wicklow et le Rock of Cashel dans le comté de Tipperary.
Glendalough, littéralement « la vallée des deux lacs », fut fondé au VIe siècle par Saint Kevin. Le site monastique, niché dans une vallée glacière, conserve une tour ronde, plusieurs églises en pierre et un cimetière ponctué de croix celtiques. Des sentiers de randonnée, comme le populaire Spinc Walk, permettent de combiner découverte patrimoniale et marche avec vues panoramiques sur les lacs et les montagnes environnantes. À Cashel, l’ancienne capitale des rois de Munster domine les plaines environnantes depuis un promontoire rocheux. Le Rock of Cashel rassemble cathédrale gothique, chapelle romane et fortifications médiévales dans un ensemble architectural d’une grande cohérence visuelle, particulièrement saisissant lorsque les nuages défilent au-dessus des pierres grises.
Skellig michael : monastère classé UNESCO accessible depuis portmagee
Au large de la péninsule d’Iveragh, Skellig Michael se dresse comme une pyramide rocheuse surgissant de l’Atlantique. Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, ce site abrite les vestiges d’un monastère fondé entre les VIe et VIIIe siècles, accroché à flanc de falaise. Des escaliers taillés dans la roche, sans garde-corps, mènent à un ensemble de cellules en pierre sèche en forme de ruches, les beehive huts, où vivaient les moines dans un isolement quasi absolu. Le site a récemment gagné en notoriété auprès du grand public grâce à son apparition dans la saga Star Wars, mais son intérêt dépasse largement cet aspect cinématographique.
L’accès à Skellig Michael se fait exclusivement par bateau, au départ du village de Portmagee, et les sorties sont très dépendantes des conditions météorologiques et de la houle. Le nombre de visiteurs est strictement limité par jour pour préserver l’intégrité du site, ce qui impose de réserver plusieurs mois à l’avance en haute saison. Même ainsi, une annulation de dernière minute pour raison de sécurité reste possible. Pour les voyageurs qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas débarquer sur l’île, des croisières d’observation permettent d’en faire le tour et d’admirer les colonies d’oiseaux marins, tout en intégrant la visite au sein d’une journée d’exploration du Ring of Kerry.
Clonmacnoise et abbayes cisterciennes : vestiges religieux des rives du shannon
Au cœur de l’Irlande, sur la rive du fleuve Shannon, Clonmacnoise illustre l’importance des monastères comme centres religieux, intellectuels et économiques au haut Moyen Âge. Fondé au VIe siècle, le site rassemble les ruines de plusieurs églises, deux tours rondes, une cathédrale et de remarquables croix sculptées. Sa position stratégique sur un axe fluvial majeur en fit un point de rencontre entre cultures gaéliques et influences extérieures. Aujourd’hui, un centre d’interprétation moderne permet de replacer ces vestiges dans leur contexte historique avant de déambuler librement parmi les pierres.
Les abbayes cisterciennes, comme celles de Jerpoint, Boyle ou Mellifont, témoignent quant à elles d’un autre mouvement monastique, centré sur le travail manuel, l’agriculture et une architecture sobre. Leurs plans réguliers, avec cloître, salle capitulaire et église aux lignes épurées, contrastent avec le foisonnement parfois plus organique des fondations plus anciennes. Pour un voyageur qui aime alterner nature et patrimoine bâti, jalonner son itinéraire de 2 ou 3 visites de ce type permet de comprendre comment ces communautés ont façonné les paysages ruraux irlandais, de la mise en culture des terres à l’organisation des villages voisins.
Croix celtiques et tours rondes : architecture monastique paléochrétienne
Parmi les marqueurs les plus reconnaissables du paysage sacré irlandais, les croix celtiques et les tours rondes occupent une place à part. Ces hautes croix de pierre, souvent richement sculptées de scènes bibliques et de motifs entrelacés, servaient à la fois de supports pédagogiques pour les fidèles et de symboles de prestige pour les communautés monastiques. On en trouve de très beaux exemples à Monasterboice, Kells ou encore à Clonmacnoise. Lors d’un road trip, repérer ces croix sur la carte revient un peu à suivre une constellation de repères culturels à travers l’île.
Les tours rondes, quant à elles, intriguent par leur silhouette élancée et leur porte située à plusieurs mètres du sol. Construites entre les IXe et XIIe siècles, elles avaient probablement une fonction mixte : clochers, tours de guet et refuges pour mettre à l’abri livres et reliques lors des incursions vikings. Leur présence signale presque toujours un ancien centre religieux important. Pour le voyageur curieux, prendre le temps d’observer ces structures, parfois penchées sous l’effet des siècles, permet de mieux saisir comment les moines irlandais ont concilié spiritualité, sécurité et insertion dans le territoire.
Hébergements authentiques : B&B familiaux, cottages traditionnels et auberges de campagne
L’un des grands plaisirs d’un road trip en Irlande réside dans la diversité des hébergements, qui participent pleinement à l’immersion culturelle. Les Bed & Breakfast familiaux restent l’option la plus typique : on y est accueilli par les propriétaires, qui partagent volontiers conseils d’itinéraires, bonnes adresses de pubs et récits de la vie locale. Le petit déjeuner irlandais complet, servi dans une salle à manger souvent décorée de souvenirs et de photos de famille, devient alors un moment d’échange quotidien. Pour les voyageurs soucieux de leur budget, ces B&B offrent aussi un excellent rapport qualité-prix, surtout en dehors des très grandes villes.
Les cottages traditionnels, parfois au toit de chaume, séduisent ceux qui recherchent une expérience plus indépendante. Loués à la semaine, ils permettent de rayonner autour d’un point fixe, par exemple dans le Connemara, le Kerry ou le Donegal. Cette formule convient bien aux familles ou aux groupes d’amis, qui peuvent cuisiner sur place et adapter plus librement leurs horaires. Enfin, les auberges de campagne et petits hôtels de village, souvent adossés à un pub, combinent hébergement et convivialité. Réserver plusieurs mois à l’avance est fortement recommandé pour les séjours en juillet-août, notamment dans les zones très prisées comme Dingle, Galway ou la Causeway Coast.
Culture du pub irlandais et sessions de musique traditionnelle trad à galway et doolin
Difficile d’évoquer un road trip en Irlande sans parler des pubs, véritables salons de la vie sociale. Loin de se réduire à des lieux de consommation d’alcool, ce sont des espaces de rencontre intergénérationnels où l’on vient pour discuter, écouter de la musique, regarder un match ou simplement se réchauffer autour d’un feu de tourbe. Galway et Doolin, sur la côte ouest, sont particulièrement renommées pour leurs sessions de musique traditionnelle, ou « trad sessions », où musiciens amateurs et professionnels se retrouvent souvent sans programme écrit, laissant la soirée se construire au fil des morceaux.
Pour le voyageur, assister à une telle session constitue souvent un des souvenirs les plus marquants du séjour. Il suffit de repérer l’enseigne « Live Music » sur la devanture d’un pub, puis de s’installer avec une pinte de stout ou un soda, selon ses préférences. Les conversations s’engagent facilement, et il n’est pas rare qu’un habitué vous propose de traduire les paroles d’une chanson gaélique ou de vous indiquer le nom d’un air traditionnel. En fin de compte, ces soirées fonctionnent comme des cartes postales vivantes, où l’on perçoit l’Irlande non plus seulement comme un décor, mais comme une culture en mouvement.
Céilí et sean-nós : danses et chants traditionnels gaéliques
Au cœur de cette culture musicale, les céilí et le sean-nós occupent des places complémentaires. Le céilí désigne à la fois une soirée de danse sociale et un répertoire chorégraphique codifié, souvent exécuté en groupe ou en couple sur des airs rapides. Ces danses, enseignées dans de nombreuses écoles et pratiquées lors de festivals, permettent de saisir l’aspect communautaire de la culture irlandaise : chacun, jeune ou plus âgé, peut y trouver sa place. Assister à un céilí à Galway, Ennis ou dans un village du Connemara revient un peu à entrer dans le salon d’une grande famille étendue.
Le sean-nós, littéralement « vieux style », se réfère quant à lui à un type de chant solo non accompagné, souvent en langue irlandaise, caractérisé par une grande liberté rythmique et mélodique. Intime et introspectif, il contraste avec l’énergie collective des céilí. Entendre un chanteur interpréter un air sean-nós dans un petit pub de Doolin ou Carna, parfois dans un silence quasi religieux du public, rappelle que derrière l’image festive de l’Irlande se cache aussi une tradition de poésie, de mélancolie et de transmission orale très profonde.
Instruments celtes : bodhrán, tin whistle et uilleann pipes dans les sessions live
Les sessions de musique traditionnelle offrent également l’occasion de découvrir de près les instruments emblématiques de la culture celtique. Le bodhrán, tambour sur cadre joué à l’aide d’une baguette double appelée tipper, assure la pulsation rythmique tout en permettant une grande expressivité grâce aux variations de tension de la peau. La tin whistle, petite flûte en métal à six trous, produit quant à elle un timbre clair et perçant, immédiatement reconnaissable dans les jigs et reels les plus entraînants. Ces instruments, souvent maîtrisés dès l’enfance, incarnent la dimension populaire et accessible de la musique irlandaise.
Les uilleann pipes, cornemuse irlandaise alimentée par un soufflet actionné par le bras plutôt que par la bouche, constituent un instrument plus complexe, au son à la fois puissant et velouté. Lorsqu’un joueur d’uilleann pipes se joint à une session, l’atmosphère du pub change presque instantanément, comme si un narrateur invisible venait de prendre la parole. En observant ces musiciens interagir sans partition apparente, vous comprendrez rapidement que la musique fonctionne ici comme une seconde langue, partagée par tous et transmise de génération en génération.
Distilleries jameson et bushmills : routes du whiskey irlandais en midlands et antrim
Pour compléter cette immersion culturelle, beaucoup de voyageurs choisissent d’inscrire une ou deux distilleries de whiskey à leur itinéraire. Dans les Midlands, la distillerie Jameson de Midleton (près de Cork) propose des visites guidées retraçant l’histoire du whiskey irlandais, de la sélection des céréales au vieillissement en fûts de chêne. Des dégustations comparatives permettent d’apprendre à distinguer les profils aromatiques des blends, des single malts ou des single pot still, tout en découvrant l’impact des différents types de fûts (bourbon, sherry, etc.).
En Irlande du Nord, la vieille distillerie Bushmills, dans le comté d’Antrim, s’intègre parfaitement à un road trip sur la Causeway Coastal Route. Fondée officiellement en 1608, elle revendique le titre de plus ancienne distillerie de whiskey sous licence au monde. Là encore, la visite alterne explications techniques, découverte des alambics et passage dans les chais où les fûts s’alignent sur plusieurs niveaux. Pour profiter pleinement de ces expériences sans compromettre la sécurité au volant, il est judicieux de désigner un conducteur sobre ou de programmer la visite en fin de journée, à proximité de votre hébergement. Ainsi, le whiskey devient non pas un simple produit, mais un fil conducteur supplémentaire de votre voyage à travers l’Irlande.