Tirana, toujours… – Albanie

Voici le récit du sixième jour de mon voyage Albanie. Retrouvez les autres jours ici.

JB

Samedi 6 septembre – Jour 6

Bon il y a toujours une marge de foirage potentielle dans un voyage. Cette marge va se concentrer sur la présente journée.

Déjà vu notre soirée de la veille, il ne faut pas imaginer se lever tôt. On émerge péniblement vers 11h00.

Et afin de changer le quotidien du petit-déj du Friends Bar, je pars acheter des byrek dans la boulangerie d’en face.

Une pâtisserie salée typique des pays de l’ex-empire ottoman. Pour le coup fourrée au fromage, mais la garniture varie selon les régions et les pays. Gras mais délectable.

Byrek Albanie

Puis on retourner errer dans les souks, à la recherche d’ultimes cadeaux pour les proches. Demain on reprendra la route, donc quoi qu’il arrive c’est la dernière journée à Tirana.

J’arpente les boutiques à la recherche d’un jouet pour Elina, puis me promène devant les étals de fruits et de légumes, dans une petite rue adjacente.

Souk Tirana Albanie

Seb, fatigué de la veille va se poser dans un café, en face du complexe Taiwan ; pendant que je continue mes pérégrinations, cette fois aux alentours de la forteresse de Justinien (qu’on appelle aussi château de Tirana. Pour faire plus simple), m’arrête pour contempler le perron de la magnifique cathédrale orthodoxe de la résurrection, achète des timbres à la poste, vu que c’est le seul endroit on l’on en vend, ce qui n’est pas illogique en soi, mais un peu contraignant quand on a l’habitude d’en trouver à tous les tabacs du coin de la rue (d’ailleurs ce n’est pas la seule chose pour laquelle la poste dispose du monopole… cf. la suite de ce récit).

Chateau Tirana Albanie

Eglise orthodoxe Tirana Albanie

Au détour d’une rue, à l’arrière-cour d’un bâtiment public, dont la guérite du gardien est désertée, je tombe sur une scène cocasse : les statues de Staline et de ses potes, déboulonnées à la chute du régime, qui attendent là, à l’instar de la pyramide, qu’on décide du sort à leur donner, le musée ou la fonderie sans doute.

Tirana Albanie

Puis, rituel habituel, celui de l’attente d’Armel… Qui tarde encore à se montrer, et ne le fait que vers 13h00.

Je n’ai pas de grands espoirs pour aujourd’hui, mais j’aimerai au moins aller faire un tour à Krujë, qui n’est pas loin, et qui vaut le détour selon Pronostic.

Mais voilà, on se retrouve attablés dans un des meilleurs restaurants de poisson de la ville, sur les bords de la (mini) rivière Lana.

Tirana Albanie

Pas de menu pour nous, Armel demande au chef d’improviser, comme d’habitude : s’en suit une succession de mets ultra frais, composée principalement de fruits de mer crus, roquette, et graine de grenade, avec un assaisonnement minimal pour ne pas gâcher le goût du produit.

Restaurant Tirana Albanie

C’est excellent, mais le service s’étire, s’etiiiiire… Et j’ai l’impression que notre pygmalion n’a en outre pas vraiment envie de bouger, il ne cesse de me dire à quel point la route pour Krujë est mauvaise, malgré la faible distance à vol d’oiseau. Après la carte et le territoire, hein… Je ne vais pas me répéter.

Bref ça sent le sapin, et une grosse averse vient définitivement fixer le non programme pour le reste de la journée…

Je suis un peu dégoûté, Seb aussi. Sortie de table à…17h.

On repasse à l’appart rapidement, et décidons d’une ballade improvisée, vu que le temps s’éclaircit subitement, mais cette fois ci en se montrant un peu plus aventureux : on prend un azimut et on le garde.

Mais avant cela on essaie d’éviter la mort par électrocution qui nous guette dans la rue voisine. Les normes sur la sécurité des lignes électriques sont plutôt tranquillou dans le coin.

Tirana Albanie

Bref, direction l’est de la ville dans lequel on se perd peu à peu, flânant, dégustant une glace (juste quand la pluie reprend, forcément), puis frayant bientôt dans les quartiers populaires, enfin, plus populaires que ceux que nous avons quittés : de grands ensembles d’habitation au charme rétro soviétique, de la vigne qui pousse au pied des immeubles.

Tirana Albanie

On fait quelques emplettes au supermarché du coin. Confirmation que l’Albanie ne produit pas énormément de produits alimentaires mais je trouve quand même du fromage de brebis sec à ramener.

On croise une « rue panorama », qui évoque la plus sinistre des zones industrielles désaffectées du fin fond de la Sibérie. Faute de services municipaux, Tirana a au moins de l’humour.

Tirana Albanie

On finit surtout par être réellement perdus.

Heureusement Seb dispose de la carte Sim albanaise prêtée par Armel, à l’aide de la 3G on retrouve une des artères principales pour retourner doucement vers la place Skanderbeg, alors que le jour se termine.

La promenade sauve un peu cette journée maussade.

Tirana Albanie

En revanche sur le trajet je ne trouve nulle part où poster mes cartes postales et ça me saoule un peu.

Je n’ai pas franchement envie de sortir ce soir, un brin crevé, donc on convient avec Seb de dîner ensemble, puis de passer saluer Armel avant que je ne prenne la poudre d’escampette.

Dans notre rue on se trouve une petite gargote, un grill traditionnel, simple, sans prétention. Pour 3 ou 4 euros on se régale de viande grillée, kefta, légumes au vinaigre, sur des grandes tables en bois brut, où se serrent familles et moustaches.

Restaurant Tirana Albanie

Puis c’est à pied qu’on rejoint une dernière fois l’ami albanais qui nous a si bien accueillis, mais peut-être un peu trop couvé.

On le retrouve au 5e étage de la Skytower de Tirana, en face de la pyramide, et du balcon de laquelle on surplombe la place Skanderbeg. Un bar cossu, à l’ambiance feutrée, un cadre qui tranche tellement avec le grill populaire d’il y a 15 minutes.

Les visages modernes et traditionnels du pays qui se succèdent sans transition.

Armel est une des personnalités de cette Albanie qui regarde vers l’avant, sans que je sache si cet avant augure des choses positives ou négatives pour le pays, le rencontrer fut en tout cas intéressant, parfois un peu déroutant. Je le remercie chaleureusement, m’excusant de ne pas rester avec eux, trop crevé.

Avant de prendre congé je lui demande innocemment où trouver une boite aux lettres… Un large sourire narquois se dessine alors sur son visage, le genre de sourire qu’on arbore devant la naïveté d’un gamin. On n’est pas en France, ici y’a un seul endroit où poster son courrier : au bureau de poste de la ville… Oui celui ou j’ai acheté mes timbres tout à l’heure. Fail.

Et puis à l’heure des emails, quelle idée de poster des cartes, hein ?

Je ne me sens pas d’attaque pour débattre du romantisme de la pratique (sentant qu’il va encore se foutre gentiment de ma gueule) mais je lui demande d’un clin d’œil s’il n’a pas un cousin qui pourrait les poster pour moi.

Ça a le mérite de faire redoubler son rire caractéristique, et de me faire passer pour un beau blagueur.

Sauf que j’étais sérieux… Quitte à se quitter sur un malentendu, autant que ça soit comique.

En arpentant seul le boulevard Deshmoret Kombit, puis la place Skanderberg, je renoncer à aller poster mes cartes ce soir. Même si Tirana m’inspire une certaine sûreté, la rue du bureau central, un peu glauque, doit l’être encore plus la nuit tombée, on ne va pas tenter le diable, hein.

Et puisqu’on parle de carte postale, à la veille du départ, j’ai la sensation que l’Albanie que j’aurais vue pendant ce séjour n’est pas celle qui s’affiche sur ces morceaux de carton au charme suranné.

Tant pis pour la brochure touristique, tant mieux, on aura découvert le pays autrement, hors des sentiers battus, si ce n’est l’excursion à Berat, et dans des conditions assez inédites.

Ce road trip contrarié par un hôte parfois accaparant aura eu le mérite de nous immerger un peu dans la société albanaise. Enfin… dans la plutôt haute société. Confirmant certaines idées reçues, en infirmant d’autres.

Et le lac Orhid, le lac Koman, la riviera albanaise, Gjirokastër, Butrint, la statue de Georges W. Bush seront autant raisons pour revenir faire un tour dans quelques années. Je me demande à quel point le pays aura changé d’ici là…

En attendant je bats le pavé, perdu dans mes pensées, mais pas trop non plus vu qu’on n’est pas à l’abri d’un plaque d’égout portée disparue. Il n’y a pas grand monde dans les rues à cette heure-ci. Le shêtitje n’est pas une activité trop tardive. Je rentre en tentant de capturer la ville endormie, mais mes photos sont désespérément floues.

Tirana Albanie

Une session Skype sur la terrasse aveugle plus tard, luttant pour trouver du réseau, je me couche.

Vers 3h00 du matin Seb me réveille pour que je lui ouvre. Ça fait plus d’une demi-heure qu’il attend devant la porte, et je ne l’ai pas entendu… Cette histoire de clé partagée devait finir par poser problème.

Jour précédent : Dajt, et les souks de Tirana

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