Le Leipäjuusto

« Froid ou chaud, il fait « chkouik » sous tes chicots ».

L’auteur de ce billet, un soir d’inspiration.

De la gastronomie Scandinave on n’attend pas grand-chose côté fromages et en général. C’est un peu le royaume des ersatz de gouda ou d’emmental, à la saveur plastique quasi-assurée.

Rien de bien original donc.

Mais tout principe connaissant ses exceptions, on n’est jamais à l’abri d’une, voire plusieurs surprises : ainsi à l’occasion de nos voyages dans le nord, trois fromages ont retenu l’attention de mes papilles, pas forcément pour leur qualités gustatives, mais plutôt pour leur… hmmm… singularité.

Au sommet du podium de mes impressions, l’indétrônable gammalost, pour de funestes raisons. Puis son compatriote le brunost, plus fréquentable. Mais nous en reparlerons plus tard.

Car celui qui nous intéresse aujourd’hui, et qui talonne les deux norvégiens précités, c’est l’outsider finnois, j’ai nommé le leipäjuusto.

Prononcer « l’est pas youste, ho ! » (car « l’ai pas touchéo » rajouterait un certain footballeur brésilien francophile).

Littéralement «pain fromage», en français, mais également surnommé « Nirskin Narskun Juusto » soit « fromage qui fait couic », il est quasi inévitable sur les tables finlandaises.

leipäjuusto fromage finlandais

Confectionné à base du colostrum de vache dans sa recette originale (j’en vois qui font la grimace), mais probablement pas dans sa version industrielle, c’est d’abord son aspect visuel qui intrigue.

Un disque blanc, ou 1/2 disque, selon le conditionnement, tacheté de noir sur le dessus. Semblable à un gros blinis, ou une crème brûlée chassée de son ramequin. Et qui se coupe en parts, comme une tarte.

On constate que le leipäjuusto brouille direct les pistes quant à son identité de fromage. N’assume-t-il pas sa condition ? Cache-t-il un lourd secret ?

Niveau consistance il est ferme et, effectivement, il couine sous la dent. Fort. Du coup n’espérez pas tenir une conversation pendant le masticage, vous entraverez que dalle. Et ce n’est pas poli de parler la bouche pleine. 

Quant au goût… On comprend finalement pourquoi le leipäjuusto cherche à détourner l’attention du dégustant vers son apparence trompeuse et ses couinements sous-maxillaires. Car c’est pour masquer le fait… qu’il est un peu insipide.

Pas vraiment salé ni sucré. Une saveur évoquant la mozzarella industrielle.

En Finlande, d’ailleurs, on le déguste plutôt en accompagnement, souvent avec de la confiture de cloudberry, cette baie orangée du nord de l’hémisphère nord, qui porte en finnois une multitude de noms chantants tels que lakka, hilla, valokki ou suomuurain. Et qu’en français on prénomme… plaquebière (oui oui, ce nom tout moche qui évoque un bruit de truelle et de Kronenbourg éventée, et on dit de notre langue qu’elle est le summum de l’élégance…).

Image sous licence creative commons. Auteur Teemu Rajala.

Image sous licence creative commons. Auteur Teemu Rajala.

Dégusté dans ces conditions, le leipäjuusto est tout de suite plus intéressant.

Et si malgré tout il vous laisse froid, vous pouvez essayer de le manger chaud (break de batterie) poêlé, voire même passé au barbecue, la bête étant suffisamment compacte pour ne pas se déliter tout de suite. A condition cependant de ne pas l’y laisser des plombes.

Devenu légèrement fondant, il est limite meilleur. Mais il ne couine presque plus, perdant du coup son principal intérêt.

La vie est une suite de dilemmes…

Laisser un commentaire