Albanie du nord, et route vers le Monténégro

Voici le récit du septième jour de mon voyage Albanie. Retrouvez les autres jours ici.

JB

Dimanche 7 septembre – Jour 7

On prend vite ses habitudes… Dernier petit déjeuner au Friends Bar, on regrettera la sympathie des serveurs (bon ok, on leur filait un pourliche à chaque fois).

A vrai dire on regrettera Tirana en général, après trois jours à battre son pavé, cette ville où on s’est retrouvé un peu coincés commençait à devenir familière. Syndrome de Stockholm.

Il est temps de charger les bagages, et de négocier avec les gardiens du parking, qui ne sont plus les mêmes qu’il y a deux jours et du coup ignorent qu’on a déjà payé notre emplacement. 400 Leks ça mange pas de pain mais à force…

Direction le nord, et le Monténégro, on navigue à vue, la faute à ce GPS aux connaissances limitées, mais heureusement la direction de Shkodra, juste avant la frontière, est assez bien indiquée

Et si la route est un peu défoncée au départ, on rejoint rapidement une double voie en bon état.

Le paysage oscille entre grandiose, la vue sur les montagnes, après qu’on ait dépassé Fushe Krujë, et délabrement, habituelles constructions inachevées, bitume éclaté, herbes folles… On finit par s’habituer aux contrastes albanais.

On croise la ville de Lezhë, surplombée d’une citadelle en ruine, et une station-service « Eso », ce n’est pas une faute de frappe.

Route Albanie

Les montagnes se rapprochent de plus en plus de la route, mais gardent un recul pudique d’environ 1km.

Avec un peu plus de temps on irait bien faire un tour au lac artificiel de Koman, un immanquable en Albanie paraît-il… Une autre fois.

Route Albanie

Shkodra est rejointe assez rapidement en fait, on décide d’aller y déjeuner.

Et d’y trouver une boite aux lettres peut-être…

Les boulevards de la bourgade ne sont pas avenants du tout, mais dépasser cette première impression offre une bonne surprise : une fois la voiture garée, on rejoint à pied un centre-ville agréable.

Shkodra Albanie

Une belle promenade pavée, bordée de parcs, et de façades d’époque italienne on suppose.

Sur la place mère Theresa, la mosquée, et les églises, catholique et orthodoxe se côtoient de très près, on commence à avoir l’habitude.

Je ne sais pas si c’est la promiscuité avec le Monténégro, nouvel eldorado touristique, mais la ville semble plus tourist friendly (les prix s’en ressentent un peu), notamment la rue piétonne Shshi placa, bordée de restaurants et de terrasses tout du long.

Shkodra Albanie

Sur les murs s’étalent des photos du Pape François, dont la visite est imminente, mais c’est une autre apparition qui va susciter idolâtrie de ma part : je repère de loin le jaune fatigué d’une boite en métal servant manifestement à recueillir le courrier. Cette espèce rare existe donc bien en Albanie, (mais elle est adossée au bureau de poste, ce qui ne contredit donc pas tout à fait Armel) mes saintes écritures vont finalement pouvoir parvenir à leurs destinataires.

Shkodra Albanie

Ensuite on se trouve un resto sympa, et une place sur un balcon, pour profiter du soleil, et d’un plat typique du coin, la carpe en sauce, directement pêchée dans le lac Skadar.

Un peu lourd.

Shkodra Albanie

On profite du wifi pour vérifier notre itinéraire, et skyper avec nos proches.

Plutôt que de prendre la direction de Podgorica, Armel nous a conseillé un itinéraire bis, le long des rives du lac pour rallier le Monténégro.

Et comme j’avais justement lu un article vantant cet itinéraire, ça tombe plutôt bien.

Les derniers leks dépensés, direction la sortie de la ville, bifurcation pour traverser le fleuve Bonaja, on jouxte un isthme marécageux dans lequel des supports étranges sont immergés. Ça ressemble à des tables d’élevages pour moules, mais malgré mes recherches postérieures je ne sais toujours pas ce que c’est (si quelqu’un a une idée…).

La région est beaucoup plus boisée que le reste de l’Albanie, et il y a de la vigne partout. Mais d’après Armel, le vin albanais est infect.

Shkodra Albanie

Pendant qu’on patiente au poste frontière, rapidement atteint, petit manège comique : un mendiant en fauteuil roulant fait la manche en remontant la file de voiture, un flic l’engueule et le chasse au loin, mais le bougre recommence dès que l’officier à le dos tourné. Et la scène se répète.

Le passage de la frontière se fait sans soucis, juste une petite suée quand je vois qu’il est strictement interdit d’introduire des produits laitiers au Monténégro. Mes fromages pèsent alors très lourd dans mon sac.

Albanie Montenegro

Adieu pays des aigles, adieu Leks, on retourne aux euros. Même si on n’est pas officiellement en zone euro : les monténégrins ont décidé de prendre de l’avance et utilisent la monnaie.

Trois auto-stoppeurs français nous accostent dès la frontière franchie ; et nous prennent pour des bordelais. Ils continueront donc à pied, il y a des limites à ne pas dépasser lorsqu’on s’adresse à un cœur toulousain (ami bordelais c’est une boutade, hein. La vérité c’est qu’on n’avait pas la place pour prendre tout le monde. Allez, range ce cannelé menaçant maintenant).

Les routes sont subitement en meilleur état, mais ça ne dure pas longtemps, 6km après, au bled nommé Vladimir, on bifurque vers les hauteurs pour prendre une route de montage cabossée et escarpée. On n’échappe pas à son destin.

Malgré tout c’est plus praticable que l’axe Berat-Lushnjë…

On prend vite de l’altitude et la vue devient sublime, sur notre droite la mer, à notre gauche la montagne qui dissimule encore le lac, au loin devant nous, la plaine.

Arrivés au point culminant, on aperçoit la crête et un chemin qui mène vers le pays que l’on vient de quitter. La frontière est quelques mètres plus loin. Les contrebandiers devaient kiffer cet endroit.

Arrivée au Montenegro

Un virage en quasi épingle à cheveu plus tard, on plonge vers le lac, c’est vertigineux et magnifique, les eaux sont translucides, parsemée de petites îles et surplombées de courtes falaises.

La route sinue à travers la montagne, nous révélant le coté amont puis le coté aval au gré des courbes.

Lac Skadar Montenegro

On croise villages et petits étals chargés de bouteille d’huile d’olive, de vin, de raki, nous nous émerveillons devant une large zone marécageuse, qui dessine une couverture verdoyante sur les eaux, près de l’embouchure du fleuve Morača.

On en prend plein les mirettes, nos ouïes étant déjà comblées par les notes d’Aurevoir Simone.

Lac Skadar Montenegro

Petit à petit la redescente s’amorce à travers la roche et les fourrés, pour tomber sur le village de Virpazar dont on aura à peine le temps d’apercevoir le petit port, avant de rejoindre la route nationale.

Celle-ci est large, le bitume tout neuf, et, alors qu’on fonce vers le littoral, nous fait croiser un tunnel rutilant histoire de finir de convaincre les plus rétifs que niveau infrastructures le Monténégro a quelques années d’avance sur son voisin albanais.

Route Montenegro

Un peu avant Petrovac, Seb a le malheur de vouloir doubler un tracteur juste avant un tunnel, en franchissant une ligne blanche, cadeau bonus, il y a les flics juste derrière. Et dans ces conditions, ils n’ont pas pu ne pas nous voir. Le sifflet retentit…

En même temps un road trip sans altercation avec la maréchaussée ça aurait sonné creux non ?

Nos agents sont rondouillards et patibulaires, l’adjoint vient nous voir pendant que boss reste pesamment le cul sur son siège. Le manège semble bien rodé.

Le premier prend les papiers du véhicule, demande la profession du contrevenant, histoire d’évaluer la prune à venir, puis emmène Seb vers le second qui, après une bref round d’observation, réclame 150 euros en cash en faisant les gros yeux, et menace de garder la voiture en gage devant les réticences…

Seb joue plutôt finement le coup, discute calmement, déclare ne pas avoir l’argent, demande à ce qu’on soit emmenés au commissariat si besoin, vante les mérites du pays, use de leur patience, le tout dans l’anglais le plus sommaire possible : ça marche au-delà de nos espérances, le boss fatigué d’avance nous chasse d’un revers de main, sans exiger sa thune, préférant sans doute attendre une proie plus docile. J’en crois pas trop mes yeux, en fait.

Son collègue bouillonne, en revanche. Vaut mieux décamper fissa.

La route s’accroche enfin aux pentes abruptes qui longent l’adriatique et on se retrouve bientôt à louvoyer sur une superbe route côtière, bordées de maisons, de clochers, se nichant en amont et en aval, dans des endroits souvent incongrus.

Beaucoup d’immeubles viennent également profiter de la vue, de plus en plus, au vu des chantiers en cours. Espérons qu’ils ne viendront pas trop défigurer l’endroit, ça semble hélas bien parti.

On s’arrête à proximité de la plage de Stevi Stefan, et, après avoir dévalé un escalier vertigineux, allons faire trempette, en maudissant la plante de nos pieds d’être si peu adaptée au contact des galets.

Sur notre droite l’île village, repaire privé des nantis, qui a fait le succès de l’endroit.

Pas la peine d’y tenter une percée, on se fera refouler comme des malpropres, la contempler sera suffisant.

Sevistefan Montenegro

Les quelques nuages ont vite décampé, il fait beau et chaud.

Loin de l’affluence estivale, les transats de location sont bien vides, quelques familles batifolent, l’atmosphère est placide et reposante.

On crame un peu, puis filons vers Becici, où on passera la nuit. La plage est réputée pour être l’une des plus belle d’Europe, mais le front de mer est si bétonné qu’on l’apercevra à peine.

On prend les clés de notre petit appartement, avec balcon et un hôte, bien qu’aussi renfrogné qu’un monténégrin puisse l’être, plutôt sympa et prodigue de conseil.

En revanche nos draps sont une sorte de grande serviette éponge. Coutume locale ou une improvisation du loueur, on n’osera pas trop demander

Petit apéro pour profiter de la terrasse, et de la vue, sur les immeubles certes, mais aussi sur la côte Monténégrine, et son relief découpé.

Becici Montenegro

On file ensuite vers Budva car la nuit approche.

La citadelle médiévale est solidement entourée de tas et tas d’immeubles qui traduisent bien la station balnéaire branchée qu’elle est devenue.

Ambiance Saint-Tropez, voire Monte-Carlo pour le cöté encaissé.

A l’intérieur de la vieille ville, en grand partie bâtie par les vénitiens, changement d’atmosphère, malgré de nombreux touristes c’est plus paisible.

Budva Montenegro

On se perd dans les rues étroites et entremêlées, avant de déboucher sur une jolie plage, protégée par les murailles, impossible de ne pas s’arrêter y boire un coup, drapés par la pénombre qui s’installe.

On monte aussi sur les remparts admirer la vue, contempler la lune qui se reflète sur l’eau, et, lanternes dans la nuit noire, les multiples lumières des habitations parsemant les parois rocheuses nous faisant face au lointain.

Quel spectacle.

Budva Montenegro

Retour à l’extérieur, on longe la mer et c’est tout de suite moins charmant. Ça dégouline de béton et de néons.

Ambiance plus Ibiza que Monte-Carlo en fait. Voire Ibiza sur la Volga, vu le nombre de touristes russes.

Message subliminal : à Budva tu es là pour t’amuser, et au cas où tu ne l’aurais pas compris, Budva te le rappelle bruyamment.

Les bars/night clubs alignés en rangs d’oignons sur la promenade se lancent dans un concours de beat (haha), comme si la promesse de surdité était un produit d’appel pour le chaland. Et si l’agression sonore ne suffit pas, des rabatteuses faisant passer Eve Angeli pour un modèle de bon goût se chargeront de convaincre les promeneurs, des gorilles étant quand même là pour dissuader les trop convaincus par les charmes des premières.

On cherche ensuite un endroit où regarder le match de foot qui oppose ce soir la France à la Serbie.

L’occasion d’observer le sentiment des monténégrins envers leur ancien pays tutélaire, à travers leur réaction devant l’écran.

Première mi-temps dans un bar désert, la France mène, seconde mi-temps dans un resto où on oublie tout désir d’authenticité : c’est clairement ultra touristique, une grande tente sous laquelle sévit un redoutable orchestre de baloche, et où d’énormes écrans retransmettent la partie. Je me plombe le bide avec une soupe au fromage, et des croquettes de veau. C’est gras, c’est lourd, c’est trop.

Restaurant Budva Montenegro

En tout cas pas de soucis sur la serbophilie des monténégrins : dès le but égalisateur de la Serbie, au vu de la liesse générale, on comprend nettement que les voisins sont plus considérés comme des frères que d’anciens oppresseurs (même si les gens sont surtout intéressés par la rencontre de basket, sport où les ex-yougoslaves excellent, qui se déroule au même moment).

Pendant ce temps l’équipe de football albanaise gagne au Portugal. Une victoire historique. Je me demande si Pronostic l’avait anticipée celle- là…

Il commence à se faire tard, la sagesse conseillerait qu’on aille se coucher mais comme on aura peu de temps demain, avion oblige, autant allonger la nuit.

Alors on reprend la voiture, et filons, dans l’obscurité, vers la citadelle de Kotor.

Musique à bloc, et quelques souvenirs fugaces de soirées calédoniennes, en virée sur la SAV express, qui remontent.

On prend de la hauteur, sur une route qui lèche la roche, puis redescendons dans la plaine avant d’apercevoir de loin la baie de Kotor, et l’éclairage des fortifications, qui s’accrochent à la montagne.

Kotor Montenegro

Folie des grandeurs, la muraille de la citadelle, ou ce qu’il en reste, semble s’échapper du mur d’enceinte de la ville, pour venir courir sur le piton rocheux qui la surplombe, comme la dentelure sur l’échine d’un dragon.

Je suis abasourdi par la démesure de la construction et essaie d’imaginer les conditions dans lesquelles, sur une paroi à pic comme celle-ci, on a pu bâtir l’ouvrage (et vu que mes photos sont moisies, en voilà une plus digne de l’endroit). Il y a dû avoir quelques chutes fatales parmi les ouvriers. Le chantier de la coupe du monde au Qatar avant l’heure.

Niveau démesure, la taille, absurdement énorme, des yachts qui mouillent dans le port est pas mal non plus. 2000 ans d’histoire, et 4 ou 5 civilisations qui se sont succédées dans le coin, pour aboutir à faire de l’antique cité une marina pour bling bling fortunés. C’est moche.

Yacht Kotor Montenegro

On se dirige vers les portes de la vieille ville, entourées par des douves, où une brume mystique se dépose sur la surface de l’eau.

L’effet est garanti sans recours à quelconques artifices, juste un phénomène physique que je ne saurais pas trop expliquer.

Niveau ambiance, ça en jette en tout cas. Impossible de ne pas s’imaginer dans un bouquin historique, ou d’héroïc fantasy.

Si Game of Thrones a jeté son dévolu sur Dubrovnik, Kotor aurait tout à fait pu figurer au générique.

Kotor Montenegro

On parcourt les ruelles sombres, à l’intérieur du mur d’enceinte, dans le silence, sauf lorsqu’on croise les quelques bars de nuits, où des touristes français et italiens brament leur ivresse.

Kotor Montenegro

Kotor Montenegro

Ensuite on retourne se coucher, il est presque 1h00, la nuit sera un peu courte mais on s’en cogne, l’air frais nous fouette le visage par le toit ouvrant, la vitesse nous grise, la musique aussi, la route sillonne agréablement, de droite à gauche, de haut en bas, jusqu’à ce que ces montagnes russes bitumées finissent pas nous ramener à Becici.

Jour précédent : Tirana, toujours…

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